Dans la soirée du 11 juin 2009, de nombreuses communes de la zone épicentrale ont commémoré simultanément le séisme de 1909.
A 22h15, heure à laquelle le séisme s’est produit, les places des villages ont été plongées dans le noir.
Les spectateurs ont pu entendre le tic-tac d’une pendule égrenant les minutes qui ont précédé la catastrophe, puis le bruit sourd du séisme, pendant 12s, durée de la secousse. Des témoignages enregistrés de l’instant T et de l’après séisme ont aussi été diffusés.
Des flambeaux disséminés dans l’assistance ont ensuite été allumés symbolisant la vie qui reprenait le dessus.
En même temps une musique et un texte mémoriel ont été diffusés.
Voir aussi le blog du député Christian Kert
Ci-dessous, le discours du Maire de Lambesc
"Quand la terre tremble le 26 mai 1909 au Puy Sainte Réparade, puis le 28 à St Cannat, personne ne s’imagine alors ce qui se trame sous terre … Ce 11 juin 1909, la chaleur est étouffante, l’ambiance est lourde et chacun vaque à ses occupations …. Beaucoup d’enfants sont déjà au lit, les adultes qui demain seront tôt dans leur champ sont sur le point de s’endormir ; dans la Rue Grande des hommes sont à la terrasse du café Nicolas …et quelques femmes, comme c’est la tradition dans notre Provence, sont sur les bancs pour échanger entre elles, les petites et grandes histoires de leur vie quotidienne. Ce soir là, les oiseaux volent bas, quelques chiens hurlent à la mort, des animaux excités quittent leurs abris et s’ils ne le peuvent pas, manifestent de la frayeur à leur façon…mais personne en cet instant ne comprend ce qui se passe….et pour cause, depuis 1227, date du dernier violent séisme à Lambesc, la mémoire collective a oublié la signification de ces signaux d’alerte bien subtils….. Il est 21h14 pour les uns, 15 ou 19 pour les autres. L’horloge des hommes n’est pas à la même heure pour tous mais celle de la terre suit son rythme imperturbable et peut à chaque instant, de façon violente, nous rappeler que sans elle nous n’existerions pas. Ne l’oublions jamais et respectons la toujours.
Subitement, une secousse verticale avec cette impression étrange que la main d’un tout puissant nous appuie sur les épaules pour nous enfoncer dans le sol ; puis, peu de temps après, un mouvement latéral beaucoup plus fort…un vacarme de vaisselle qui tombe, un plancher qui fléchit, un grondement qui se prolonge, qui augmente, qui assourdit…des murs qui craquent, des meubles qui grincent, enfin le fracas d’un bombardement, quelque chose comme un obus qui éclate… puis, un silence, entrecoupé de cris de frayeur ou de douleur. La France vient de connaître l’un des plus violents séismes de son histoire. Contrairement à ce que beaucoup ont longtemps pensé, ce n’est pas l’Afrique qui pousse l’Europe, mais tout simplement les Alpes qui doucement s’effondrent vers le sud… Hagards…suffocant dans la poussière, les Lambescains sortent des décombres de leurs maisons. Les uns fuient vers la campagne, les autres plus nombreux sont paniqués et cherchent, qui son enfant, qui un ami ou un parent proche…On voit les familles Pougaud, Matheron ou les Philip de la ferme de Croignes désespérément crier à l’aide. J’imagine ce moment où tout semble s’effondrer sous les pieds…quand soudainement la terre hurle sa blessure, quand la vie s’écroule et toutes les émotions les plus fortes nous envahissent.
J’imagine cette énergie terriblement puissante, qui d’un coup monte du plus profond de nous-mêmes, alimentée tout à la fois par la peur de perdre sa propre vie et, peut-être plus encore, par l’Amour qui nous pousse à retrouver, quelque soit le danger, l’être qui nous est le plus cher au monde, enfoui sous les gravats. J’imagine aussi, après des recherches compliquées qui paraissent infiniment longues, la joie immense de retrouver le regard, bien sûr de son enfant ou de ceux que l’on aime, mais aussi de ce voisin ou de cet autre à qui on ne parlait plus depuis longtemps en raison de telle ou telle querelle, d’un coup bien désuète. Comme par miracle les relations souvent dégradées par incompréhension, retrouvent soudainement le chemin du bon sens. Tout le monde oublie ses rancœurs et ses colères… Faut-il vraiment que nous attendions de tels drames pour comprendre que la tolérance et le respect doivent guider nos vies ? Cette nuit du 11 au 12 Juin, les Lambescains sont restés seuls entre eux, avec leur drame, mais aussi avec leur courage, leur dignité et leur solidarité. C’est seulement le lendemain matin qu’arriveront les secours. A la première lueur du jour on découvre les maisons éventrées, le clocher de notre église lézardé, la cheminée des établissements Barbier écroulée.
Comme toujours dans ces cas là il y a des femmes et des hommes qui prennent en main le destin d’autrui. Certains s’occupent des blessés, d’autres de la nourriture et de toutes ces tâches qui demain permettront à chacun de se relever ou d’apaiser son chagrin. Nombreux, très nombreux sont les Lambescains qui à cette occasion font preuve de citoyenneté. Au nom de vous tous, je veux ce soir leur rendre hommage, hommage en particulier à Monsieur Barbier Charles, industriel du village qui présida le Comité Local des secours et à Monsieur Martin-Jaubert, Maire de l’époque qui présida le Comité Central. Ce Comité qui rassemblait toutes les villes touchées et qui, en dehors de toute considération politique, a géré les fonds provenant d’un élan de solidarité régional sans précédent. Comment ne pas souligner la grandeur d’âme de ces hommes qui, dans cet instant pourtant particulièrement dramatique, trouvent naturellement le sens qu’ils doivent donner à leur action. « Tout pour et par l’équité » C’est ainsi qu’avec tous les élus et bénévoles ils œuvrent pour que les lambescains puissent dépasser le drame qui les a touchés. 100 ans plus tard, permettez-moi Monsieur Martin-Jaubert de vous emprunter vos mots, aussi simples que forts.
« Tout pour et par l’équité »…Ce sens que vous avez mis au centre de votre action en 1909, c’est celui que mes amis élus et moi-même, voulons avec force mettre au cœur de notre mission. Au-delà du temps qui passe il y a des valeurs qui ne doivent pas disparaître et que parfois même il convient de défendre. Accueillir, écouter, tendre la main et agir dans l’intérêt général sont des valeurs que vous avez portées haut il y a un siècle et auxquelles aujourd’hui nous voulons redonner une réalité. 100 ans plus tard, ce ne sont pas des drames venus des profondeurs de la terre que nous devons gérer ; mais d’autres, silencieux et souvent discrets qu’engendre une société de plus en plus brutale et injuste. Avec mes amis, mais aussi avec tous les lambescains engagés ici ou là dans la vie locale, nous faisons de notre mieux pour être vos humbles successeurs. Nous ne sommes que des Hommes et pouvons commettre des erreurs ; mais je suis persuadé que chacun de nous met dans son engagement, comme autrefois vous l’avez fait, le meilleur de lui-même. Je veux profiter de cette commémoration forte de sens, pour saluer et remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui consacrent une partie de leur vie à la collectivité. Merci Monsieur Martin-Jaubert d’avoir en votre temps tout fait pour que la solidarité soit le trait d’union entre tous les lambescains. Aussi, j’invite toutes celles et ceux qui un jour voudraient conduire cette ville à ne jamais l’oublier. Lambesc n’a pas été le seul village touché par le séisme et j’ai ce soir une pensée très chaleureuse pour tous les villages qui nous entourent. Chacun à sa façon a tiré les leçons de la catastrophe. Vauvenargues a déplacé son village, Rognes et Saint Cannat ont reconstruit, à leurs emplacements, les maisons détruites. Comme nous venons de le voir sur le chemin que nous avons emprunté pour venir de l’église, Lambesc a décidé de profiter des circonstances pour remodeler son espace. C’est ainsi que les places Jean-Jaurès et celle du Castelas sont nées de ruines qui pour toujours sont sous nos pieds. Il fut même prévu, là où se trouve la rue du 4 Septembre, de créer une large avenue, de la Place Jean-Jaurès à la gare, qui depuis 1903 était desservie par le célèbre PLM. Pour cela il fallait élargir cette rue que l’on sait très étroite. En cherchant bien vous trouverez encore sur certaines maisons les traces de la ligne rouge qui a servi à marquer celles qui devaient être démolies. Heureusement, ou malheureusement, nous ne le saurons jamais, l’argent a manqué et le projet n’a jamais vu le jour.
Depuis, le temps est passé, mêlant tout sur son passage…des joies et des peines, des guerres et des réconciliations et dans le grand chambardement du siècle dernier, bien d’autres évènements personnels ou familiaux qui font que, venant d’ici ou d’ailleurs, de France ou d’étranger, les hasards de la vie nous rassemblent ce soir, tous lambescains, tous unis par la même émotion. Ensemble, ayons une pensée toute particulière pour vous, lambescains de souche, qui ce soir portez dans votre cœur le souvenir d’êtres chers qui ont été touchés par le drame de 1909. Pensons aux descendants de ceux que le tremblement de terre a emportés ce 11 juin : Rosalie Josuan 73 ans, Félicie Rabarin 45 ans, Lucie Rey 40 ans, Valentine Clos 40 ans, Augustin Matheron 13 ans, Joseph Ginoux 6 ans, Marius Roux 17 ans, Isabelle Castinel 8 mois, Et aux 4 enfants de la famille Philip : Abel 18 ans, Célina 11 ans, Adélie 10 ans, Juliette 5 ans Toutes, victimes innocentes des forces aveugles de la nature. Mais pensons aussi à ces deux bébés, fille et garçons, qui quelques heures après le drame sont nés dans les wagons que la SNCF avait mis en gare à disposition de leurs parents sinistrés… Comme quoi le bonheur est toujours là qui veille.
Ce soir après le recueillement, la vie reprendra son cours normal… Je souhaite que chacun de vous puisse repartir le cœur plein des leçons de solidarité, de courage et d’espoir que ce drame de 1909 nous a léguées. Que la Vie continue et se dessine, toujours et encore plus belle, empreinte des leçons tirées de l’histoire de notre village. Ce village, nos ancêtres l’ont bâti, la nature l’a démoli, nos anciens l’ont reconstruit. Demain, avec vous, humblement mais avec passion, nous le ferons encore plus beau. Demain, avec vous, pour et par l’équité, nous ferons tout, pour que mieux vivre ensemble ne soit plus un rêve mais une réalité. Vive Lambesc ! Vive la Provence !"